Damien : une belle aventure humaine par Yves Gaubert




Comme le disait à peu près George Bernard Shaw, un auteur irlandais, il y a deux choses terribles dans la vie, avoir réalisé son rêve et ne pas l’avoir réalisé. L’aventure de Damien est celle de deux jeunes gens qui ont réalisé leur rêve. Gérard Janichon, Jérôme Poncet et Jean-François (qui débarquera aux Antilles), à 17 ans, décident de partir pour un tour du monde de 5 ans par des chemins peu fréquentés par les voiliers. Partis de La Rochelle le 25 mai 1969, ils sont de retour dans le même port en septembre 1973, après un parcours exemplaire sur un voilier en bois moulé de 10,10 mètres, Damien. La décision de réaliser ce projet est prise à l’automne 1965. Un plan est commandé à l’architecte naval anglais Robert Tucker. Tandis que le futur équipage travaille pour réunir les fonds nécessaires, la coque est mise en construction au chantier Nautic Saintonge à Saujon. Si Jérôme est un passionné de voile qui a navigué sur le bateau de son père, Gérard n’a jamais mis les pieds sur un voilier. Et c’est à Grenoble, où ils sont lycéens, qu’ils ont rêvé et élaboré leur projet. Au lieu de mettre le cap vers les mers chaudes, l’équipage prend la direction du Nord. Le but est le Spitsberg, cet archipel situé au nord de la Norvège à la limite des glaces et de la banquise. Damien atteint presque 80° Nord puis la traversée de l’Atlantique passe par l’île Jan Mayen, l’Islande, le sud du Groenland avant d’atteindre Terre-Neuve, puis Saint-Pierre-et-Miquelon. Le voilier longe le continent américain jusqu’aux Antilles où Jérôme subit l’ablation d’un rein et où Jean-François décide de partir. La suite passe par la Guyane, le Brésil avec une remontée de l’Amazone jusqu’à Manaus. Le séjour dans la Selva, la forêt est un grand moment du voyage. Le périple continue par l’Argentine et un passage du cap Horn d’est en ouest par un temps exceptionnellement favorable.


Arrivés un peu tard en saison dans le Sud et retardés par un arraisonnement par la Marine chilienne qui les retient cinq jours à Punta Arenas, les Damien renoncent à descendre vers les Shetlands du Sud et font route vers la Géorgie du Sud. Dans une tempête, le voilier est roulé trois fois par les déferlantes, reste près de cinq minutes à l’envers et se redresse démâté. Très éprouvés par cette mésaventure, Gérard et Jérôme réussissent à gagner la Géorgie du Sud sous gréement de fortune.Ils sont réconfortés par les scientifiques britanniques de la base de Grytviken. Après avoir installé un gréement de fortune un peu plus efficace, Damien repart pour une longue escale au Cap où un nouveau mât est installé. A la belle saison australe suivante, le périple à la glace reprend, Crozet, Kerguelen, Heard. L’équipage renonce à la Terre Adélie, remonte vers Macquarie, Hobart, l’Australie, la Nouvelle Calédonie, Tahiti.Là, ils préparent un nouveau voyage vers le Sud et vont toucher l’île Adélaïde en Antarctique par 68° Sud, avant de remonter le long de la Terre de Graham et de mouiller dans plusieurs îles des Shetlands du Sud. Puis c’est le retour par la Géorgie du Sud, Buenos Aires, Rio de Janeiro et La Rochelle.

Dans cette aventure, le but des Damien n’était pas de réaliser un exploit mais d’assouvir leur passion de la mer, des Hautes Latitudes, de la glace, le plaisir de naviguer comme s’ils étaient à 3 000 mètres d’altitude avec les cimes enneigées, la contemplation des icebergs, d’une nature intacte et la liberté de vivre loin de la civilisation moderne. Ce voyage initiatique réalisé avant qu’ils n’atteignent leurs trente ans, Gérard et Jérôme l’ont vécu comme un accomplissement dans les rares lieux où l’homme peut encore vivre en harmonie avec la nature, en liberté loin des tracasseries administratives que les hommes sont si ingénieux à inventer. «Bateau, je t’aime parce que tu m’offres la plus belle jeunesse du monde. Tu m’accordes les éléments, les rencontres, les joies naïves et essentielles, les plaisirs sensuels, tu m’apportes l’amitié et l’assurance que «quand je serai grand, je saurai encore être enfant», écrit Gérard dans Damien (Edition AEJ, page 348). A leur retour, les deux navigateurs font construire chacun leur bateau et l’aventure continue… Pour Gérard, ce sera Damien III puis IV et d’autres expériences, l’aviation, l’écriture, pour Jérôme, Damien II, un hivernage en Antarctique, la vie aux Malouines et de nombreuses navigations vers la Terre de Graham où il emmène régulièrement des scientifiques.

55 000 milles plus tard, Le 22 septembre 1973, poussé par une petite brise d'Ouest, Damien se glisse entre les deux tours de La Rochelle.
2012. Damien est souffrant, malade... C'est dans cet état qu'il est présenté au Grand Pavois. Mais déjà une chaîne d'initiative est en place. (cf. le site "Sauvons Damien")

Les Amis du Musée maritime de La Rochelle sont au coeur de cette initiative. C'est pourquoi vous pouvez vous aussi participer au sauvetage du Damien

Pour accéder au communiqué de presse du Grand Pavois.
Voir le clip "sauvons le Damien" sur You Tube
Le site officiel de Gérard Janichon
La vidéo ; "retour sur le voyage de Damien"

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